• On ne s'aventure pas dans ces parages impunément. Le voyage vers les îles obéit à une liturgie, à un faisceau d'injonctions indémêlables. Ce peut être le nom qui attire, une consonnance étrange, barbare, comme une rumeur de rocs. L'envie de voyager dans ces syllabes que l'on devine ourlées de béances et d'irisations marines. L'envie aussi, souvent, de se détacher de tout ce qui est entrave, songerie et dépendance de la vieille terre.
  • C'est précisément pour cela que l'on est jamais seul lorque l'aimantation des îles vous appelle. Jamais seul dans la brûlure de la mer et du vent. Relié à cette mémoire hantée.
  • C'est d'abord cela une île, une échine, un agglomérat de rocs et de vertige, une tentation.
  • A Bréhat, on a la nostalgie d'autre chose, de ruelles tortueuses et calmes, d'intimités tapies dans le secret des jardins, de maisons ombreuses gorgées de souvenirs, de vieux papiers, de récits de voyages, de maquettes de navires, des statues de la Bonne Mère des partances et des vagues enfermées parmi guirlandes de petits coquillages et brins de buis sous leurs globes de verre.
  • Les plantes des ailleurs sont comme des autels domestiques à la mémoire des disparus. Elles sont ces graines de beauté et de nostalgie que l'on enfouit au creux des rochers, ces promesses de voyages et de mouvement dont la nécessité s'affirme à mesure que croît la menace du figement et de la sédentarité.
  • On rêve en ces endroits de umière lente à mourir sur la mer ou encore de pluie qui cuirasse l'horizon avec toujours cette rumeur des vagues qui viennent se déchirer sur les éperons de l'île. (...) Dans les lueurs du soir, l'infini s'atomise en une foison de luminescences qui adoucissent l'éclat des pierres roses.
  • (Au phare du Paon à Bréhat) Une autre forme de paix survient, moins anecdotique, plus religieuse, liée à la couleur des rochers et à l'embrasement des eaux. La lande, quelques fleurs sauvages, les rives mortes d'un étang salé et cette perspective d'îlots, de sémaphores et de repaires de corsaires... Tous ne viennent pas jusqu'ici. Pourtant la joie est vive de surplomber l'océan, ses jeux d'émeraude, le champ des partances et les diffractions de la lumière. Les colosses de granit accompagnent l'endormissement des feux. D'autres lueurs les relaients. Entre la chaise de Renan et le phare de la Vierge, les vagues s'apaisent dans l'aimantation du nord.
  • De fondation, la pulsation de la prière est celle des heures et des marées.
  • S'arrête-t-on, tout se déréalise soudain. Le vide, le vent, la transparence de l'air, les variations fulgurantes d'un ciel noyé , tout concourt à vous emporter dans un monde lavé de toute présence humaine, dans l'immobilité statuaire des épaves et des ruines de mer.
  • Il y a ceux qui n'aspirent qu'à se réfugier sur ces îles de la toute fin. Il y a ceux encore qui se contentent de les rêver dans la nef altière de la pointe Saint-Mathieu où le bruit du ressac et les cris des mouettes scandent aujourd'hui la liturgie des heures. (...) L'ouest a gardé toute sa séduction de chute et de plongée infernale, sans doute parce qu'il est le lieu où le soleil se fracasse sur les récifs. La seule idée que quelque chose prend fin remplit l'être d'une sorte d'effroi sacré.
  • A cet instant, la préoccupation des noms de lieux-dits, le souci de l'orientation sont d'un piètre recours. Seule compte la griserie de la découverte décuplée par la vitalité de la lumière, l'euphorie d'aller à l'air libre, délesté de tout, non pas sur un tout du monde mais sur une plate-forme marine balayée par l'air vif et pur.
  • Le pérégrin des dunes marche, il aime ces lieues de sable entre la terre et l'eau, cet espace fluctuant, souple, perpétuellement remodelé. Sa rêverie, commandée par le rythme de ses pas hagards, est d'essence ludique, traversière, elle reflue, comme la mer quand elle dénude des praires de varechs et de laminaires.
  • Une solitude vertigineuse seulement rythmée par le bruissement des flots. Le monde est né là, dans ces zones luisantes et écumeuses, à ces lisières que tracent les cordons d'algues et de déjections marines, dans ces anses creusées dans le schiste des falaises.
  • Si elles ont perdu tout lien avec le sacré, nos vies se sont aussi très souvent coupées du milieu élémentaire dans lequel elles s'inscrivent. On ne prend plus le temps de regarder, d'entrer dans la pulsation d'une rêverie qui s'accorderait à la seule pause d'un regard. On s'étourdit d'images, de sensations fortes, de bruits pour mieux étouffer le surgissement des images intérieures. La leçon des iles (...) est une leçon de plein vent, d'air salubre, de pas rugueux, de géographie vivante, appréhendée au rythme du corps qui découvre.
  • Le mystère, le silence, l'écoute de la rumeur du vent et des flots, une certaine forme d'adoration contemplative ont dans l'enceinte des îles une acuité plus forte qu'ailleurs. Il est bon parfois de partir, de s'octroyer le temps méditatif d'une traversée dont on se désole souvent qu'il soit si court. Il est bon d'aller au bout de ces confins lacérés d'écume, sur ces proues où le vent règne en maître invincible. La rêverie n'est jamais si belle que lorsqu'elle s'ouvre à une force qui la dépasse. La leçon des îles est soumission à la parole ténébreuse du monde, au chahut d'ombres qui le mine. Elle est une griserie en permanence nourrie par les perspectives, les variations du ciel, les aléas du compagnonnage marin.
Mardi 4 juillet 2006 2 04 /07 /2006 11:21
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Matines (de minuit à 3h)

Elle dort encore, dans la pénombre tiède de son lit. Elle se fait belle, habillée d'un sommeil sans nuages et sans rêves. La brise nocturne apaise les crissements des grillons cachés dans la pelouse à peine éclairée par la lune et glisse sur les courbes pâles de son corps alangui encore enveloppé de la chaleur moite de l'orage. Il va pleuvoir.

Elle se retourne dans son sommeil, soupire, comme un soupir de contentement, un bien-être indicible. Elle commence à rêver… ou plutôt le rêve commence à s'insinuer en elle comme la fraîcheur de l'aube commence à poindre.

Laudes (de 3h à 6h)

Elle se réveille presque naturellement, sans artifice. C'est l'heure de partir ? Non, pas encore. Patienter encore. Allongée sur le dos, elle se recouvre d'un drap oublié comme pour se soustraire aux yeux de la nuit indiscrète. Elle rêve les yeux ouverts, entend déjà la mer, le vent… Tout est dans sa tête. Sur son chevet, l'horloge égrène méthodiquement le temps avec la tranquillité immuable des machines qui n'ont que ça à faire : compter le temps qui passe. La brise s'est raffermie, les rideaux s'envolent. Elle se lève pour fermer la fenêtre et descend prendre un café.

La maison silencieuse accompagne chacun de ses gestes. Son sac léger l'attend déjà en bas, dans la cuisine – elle a besoin de peu, pour deux jours. Elle a déjà l'essentiel. Le café chaud lui fait du bien. Le miroir lui renvoie l'image encore endormie de son visage que l'air frais avivera, tout à l'heure. Elle sourit à son reflet ; quoiqu'il arrive, elle lui sera belle

Cette fois, c'est l'heure. Elle démarre sa voiture et s'en va vers l'horizon d'où émerge le jour, tout au bout de l'est. Il l'attend comme convenu sur le bord de la route, cette route qui est presque devenue la leur. Il s'installe, sourit, l'embrasse. La serre dans ses bras, juste pour s'assurer qu'il ne rêve pas.

Prime (de 6h à 9h)

La route est longue jusqu'aux confins des rêves… Ils s'arrêtent boire un café, ensemble cette fois, savourant la présence de l'autre qui les réchauffe autant que le breuvage noir brûlant. Le monde leur appartient. Le jour commence franchement à se lever, retardataire sur les amouheureux en escapade, et habille le ciel d'indigo, de rose feu et d'orangé. A l'ouest, la nuit se réfugie derrière l'horizon en bougonnant. IMGP2262.JPG

Le soleil apparaît de derrière un nuage lorsqu'ils embarquent sur le bateau. Lorsque le matelot jette l'amarre, elle se mord la lèvre : voilà, ils ont quitté la terre pour de bon, cette fois.

Tierce (de 9h à 12h)

Sur le quai du port, ils restent immobiles un long moment, comme pour s'imprégner tout à fait de l'île. Prendre un chemin… au hasard qui n'existe pas : ils se retrouvent sur la route de la chambre d'hôte. Ils posent les bagages, dernier fil de leur autre vie, avant de retourner sur les chemins entremêlés. Ils suivent les sentiers, avancent, tournent en rond, s'arrêtent là où l'endroit parlent à leurs sens : un rocher, un arbre, une crique, une chapelle, un phare… Leurs mains ne se quittent plus, leurs sourires chantent le bonheur, leurs yeux illuminent le soleil. La mer les regarde, enfantins, essentiels, et célèbre leur évidence.

Sexte (de 12h à 15h)

Ils déjeunent à la terrasse d'un restaurant charmant, fleuri. Il s'offre aux caresses de ses mains comme au soleil, les yeux fermés, abandonné à son hommage. Elle sourit en le regardant, elle pourrait écrire des mots sur ses traits. Ils ont faim, ou peut-être est-ce un alibi pour avoir le droit de rester lézarder impunément à cet endroit. De loin, la mer berce le repas. Leurs peaux appellent la somnolence des siestes partagées : ils s'enfuient vers un coin d'île perdu au-delà des dernières maisons. Une plage accueille leur demi-sommeil, demi-rêve, demi-promenade… Ne rien faire, juste être dans les bras de l'autre, près du cœur, se sentir, se ressentir, s'écouter, s'entendre, se toucher. Jouir d'une présence et aimer le bonheur d'être heureux.

None (de 15h à 18h)

Leur pérégrination impromptue rencontre tout ce que la Création a mis sur terre : des fleurs, des pierres, des vagues, des odeurs, des maisons, des gens, des baisers, des paroles, des oiseaux, des regards, des envies, des caresses. Ils découvrent tout avec des yeux différents, neufs, renouvelés, s'émerveillant de voir à deux ce qu'ils n'auraient pas vu seuls.

Vêpres (de 18h à 21h)

D'habitude, c'est l'heure des cornes de brume. Celle du bateau n'est pas pour eux, cette fois. Sur le port, ils regardent la dernière liaison vers le continent s'en aller, les laissant pour une fois vivre encore un peu ensemble. Ce soir, ce n'est pas l'heure. Le temps les oublie, l'espace d'un moment. Ils sourient, trinquent à des futilités, rient de leur liberté accordée. Ils ont une éternité de quelques heures devant eux et le monde leur appartient encore.

Complies (de 21h à minuit)

Le soleil se couche lentement, accompagnant les bruits qui s'apaisent. La chaleur enrobe encore leurs gestes, le jour s'éternise lui aussi, comme s'il voulait les accompagner jusqu'à la fin des heures. Le crépuscule habille toutes les silhouettes de noir sur fond de ciel violacé. La mer se bleute, de plus en plus foncée. La fraîcheur s'immisce mais ils n'ont pas envie de rentrer – pas encore. Les grillons commencent à crisser, la nuit avance, les enveloppe de ses bras complices. Sur la plage, les vagues clapotantes ne leur font pas peur. Quand la lune se lève, la mer veille sur le sommeil réparateur des corps épuisés de caresses.

Au plus noir de la nuit, ils se réchaufferont dans la moiteur de la chambre aux volets bleus.

Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /2006 11:12
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aubes-br--hatines.jpg Froid des mains serrées
Devant le feu trop faible
D’une cheminée trop grande
Dans une maison trop vide. 

Doigts engourdis
Serrés sur les poitrines engoncées
Dans les lainages noirs
Truffés de poches à secrets.

Lèvres marmonnant
Des prières païennes
De Bibles inventées
Pour les naufragés absents.

Cœur en attente
D’une femme de marin
Éternellement présente
A celui qui reviendra demain.

Simplement tromper l'absence
Et transformer les matinées anodines
En aubes bréhatines
Aux demains immenses.

Jeudi 4 mai 2006 4 04 /05 /2006 11:10
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de-ux-main-s-.jpg Sur nos chemins vers l'intime
Nous allons de l'avant
Pour atteindre nos cimes
Sans abandonner nos avants.

Des tâches de soleil
Comme autant de bagages
D'une route toute droite
Sous tes ombrages.

Avoir des rêves assez grands
Pour ne pas les perdre de vue
En les poursuivant
Et sans oublier nos vécus
.

Aller jusqu'au bout du chemin
Pour découvrir nos mêmes
Pour écrire demain
Pour écrire à deux mains je t'aime.

Samedi 29 avril 2006 6 29 /04 /2006 11:05
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a-l-ombre-de-l-archange.jpg A l’ombre de l’archange m’attend
L’écheveau de dix doigts
Que démêleront bien des fois
Mes longues effiloches de soie.

A l’ombre de l’archange m’attend
Une vague de murmures
Enroulée dans cette voix pure
Et posée là en guise de couverture.

A l’ombre de l’archange m’attend
Un regard complice de cette tendresse
Et de cette larme de délicatesse
Qui me déshabillent d’une seule caresse.

A l’ombre de l’archange, tu m’attends
Sur un lit de varech et de goémon
Aménagé avec ton cœur patient
Où tu chasseras tous mes démons.

Pour E., 20 mars 2006

 

Lundi 20 mars 2006 1 20 /03 /2006 11:04
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Ce qu'il y a d'énervant quand on travaille, comme moi, dans le culturel et qu'on aime écrire, c'est qu'il y a toujours quelque chose, au milieu d'un dossier, qui me ramène à ma création, à mon propre travail "d'artiste" - et je me sens presqu'honteuse d'utiliser le terme à mon endroit, moi qui ne suis que dilettante en la matière.

En compulsant différents dossiers de présentation du travail de compagnies de théâtre de marionnettes, pour détecter des spectacles susceptibles d'être programmés, je tombe ainsi sur des références à Strindberg, à Gombroviscz, à Magritte... Ou même des citations d'Henri Michaux :

Signes, non pour être complet
mais pour être fidèle à son transitoire
non pour conjuguer
mais pour retrouver le don des langues,
la sienne, au moins, que,
sinon soi, qui la parlera ?

Alors, là, même avec toute la bonne volonté du monde, je suis incapable de ne pas m'évader, dans ces cas-là, vers mes pages : et mentalement, j'écris dans ma tête (trop consciencieuse pour aller jusqu'à prendre une feuille et un crayon...), je mêle les mots, je fourmille, je foisonne, je m'en vais en moi, je brasse tout et je créée.

Les productions des artistes que j'ai sous les yeux m'éveillent des mots, des sensations, des sentiments parfois... Je m'extraie d'eux pour me trouver moi. Je pourrais me le reprocher : après tout je suis là pour travailler, pas pour rêver, même si mon rêvassage est créatif... Mais, en même temps, comment puis-je travailler avec des artistes si ce qu'ils font me laisse indifférente - ou si je n'ai sur leur travail qu'un regard professionnel ?

Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /2006 11:03
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Voler au temps
Tant de temps
Tant et tant...
Voler autant de temps.

 

Avoir tant de temps
Sans prendre le temps,
Et voler pourtant
Pour prendre le temps.

 

Voler le temps
Et n’avoir pas autant
De temps
- le temps d’autant.

 

Voler pourtant
Pour tenter le temps
Et voler le temps au temps
Avant la fin des temps. tentant.JPG

Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /2006 11:03
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  • Les mots me venaient, rapides, en douceur, sans effort apparent. Je trouvais ça étonnant mais, du moment que je continuais de déplacer ma main de gauche à droite, le mot suivant semblait toujours être là, prêt à sortir de ma plume.
  • Je m'étais résigné à vivre le restant de mes jours avec un coeur en pièces et à présent elle me disait que je pouvais vivre avec elle - en un morceau, toute ma vie en un morceau avec elle.

  • Les mots pouvaient altérer la réalité et, par conséquent, ils étaient trop dangereux pour être confiés à un homme qui les aimait par-dessus tout.

  • Nous vivons dans le présent, mais l'avenir est en nous à tout moment. Peut-être est-ce pour cela qu'on écrit. Pas pour rapporter des événements du passé, mais pour en provoquer dans l'avenir.

Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /2006 11:15
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  • Six ans après, l'absence de ma mère était toujours pour moi un mirage, un silence hurlant que je n'avais pas encore appris à faire taire à coups de mots.
  • Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui.
  • Rien ne marque autant un lecteur que le premier livre qui s'ouvre vraiment un chemin jusqu'à son coeur. Ces premières images, l'écho de ces premiers mots que nous croyons avoir laissés derrière nous, nous accompagnent toute notre vie et sculptent dans notre mémoire un palais auquel, tôt ou tard - et peu importe le nombre de livres que nous lisons, combien d'univers nous découvrons - nous reviendrons un jour.
  • Cette après-midi de brume et de crachin, Clara Barcelo me vola le coeur, la respiration et le sommeil. Profitant de la lumière ensorcelée de l'Ateneo, ses mains écrivirent sur ma peau une malédiction qui devait me poursuivre pendant des années.
  • Le coeur d'une femme est un labyrinthe de subtilités qui défie l'esprit grossier du mâle à l'affut.
  • L'homme le plus sage que j'ai jamais connu, Fermin Romero de Torres , m'avait expliqué un jour qu'il n'existait pas dans la vie d'expérience comparable à celle de la première fois où l'on déshabille une femme. Dans sa sagesse, il ne m'avait pas menti, mais il ne m'avait pas non plus dit toute la vérité. Il ne m'avait rien dit de cet étrange tremblement des mains qui transformait chaque bouton, chaque fermeture en travail de titan. Il ne m'avait rien dit de la magie de la chair pâle et frémissante, du premier frôlement des lèvres, ni du mirage qui semblait flamber dans chaque pore de la peau. Il ne m'avait rien mentionné de tout cela parce qu'il savait qu'en le faisant il parlerait un langage de secrets qui, à peine dévoilé, s'enfuiraient à tout jamais.
  • J'avais dix-sept ans et j'avais la vie à fleurs de lèvres.
  • Seul un homme qui n'a plus qu'une semaine à vivre peut gaspiller son temps comme je le fis ces jours-là.
  • Il n'y a pas de seconde chance, sauf pour les remords.
  • Il parlait de toi comme d'un fils. Vous vous cherchiez l'un l'autre, Daniel. Il voulait croire que ton innocence le sauverait de lui-même.
  • L'art de la lecture meurt de mort lente, c'est un rituel intime, un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous.
Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /2006 11:01
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  • L'émancipation de la femme, mais surtout la prise de conscience de son assujettissement, est l'occasion de mettre en scène de façon individualisée, par des histoires à raconter, les bouleverserments de l'Histoire, avec majuscule, qui s'annoncent dans la société.
  • Leur camaraderie risquait de se muer en une autre relation, plus physique, et de cela elle ne voulait pas. Alors il l'a quittée. Un tel refus d'aller plus loin apparait plutôt étrange quand on s'aime, même à l'époque. Mais comme elle le lui dit, elle avait "peur de la réalité", peur qu'elle les rattrape. (...) Cette haine de la réalité brute fait de Hedda Gabler le symbole d'une vision romantique du monde où domine une conception de l'idéalisme, de l'amour pur, qui est plutôt de l'amour-fiction, une pure métaphore en somme, que rien de vraiment réel ne doit venir troubler. Hedda se raccroche en fait à une vision caduque de l'amour. L'amour a besoin de signes concrets, tangibles pour exister.
  • Hedda, elle, sait qu'elle n'est pas là ou elle aurait dû être, mais à force de ne se raccrocher qu'à ce qui est idéal et idéalisé, la réalité fuit entre ses doigts, et sa vie se défait peu à peu, inexorablement, comme un destin funeste qu'elle s'est imposé, socialement, psychologiquement.
  • Les personnages d'Ibsen savent toujours que les métaphores recouvrent les fautes qu'on interprète, un passé que l'on désamorce, des illusions avec lesquelles on compose.
  • Alors ces métaphores éclatent comme des non-réponses et la métaphorisation ne suffit plus. (...) Les réponses qu'elle pensait avoir soustraites à la destruction du temps y succombent, démystifiées ; ce ne sont plus que des masques, des métaphores de réponses, mais qui ne le sont plus. Alors, que faut-il faire : accepter le réel, ou le tuer ?
  • Mais l'aveuglement ne peut durer et, tôt ou tard, on ne pourra ignorer que, malgré nos métaphores et nos fictions qui servent de bouées de sauvetage, on se retrouve face à la vérité de ce que l'on est et le miroir frappe alors avec une littéralité qui tue, celle de la réalité brute qui se réfléchit.
Lundi 20 février 2006 1 20 /02 /2006 11:00
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